Révélations – sécurité en Tunisie : … Et la machine s’est emballée! (Photos exclusives)

Le long convoi de camions qui cheminait mi-novembre vers Tunis aurait pu être un simple convoi de transport de marchandises n’était sa discrète escorte. A bord, un ahurissant butin d’armement lourd déterré dans des caches insoupçonnées découvertes non loin de Ben Guerdane. Kalachnikovs, lance-roquettes RPG et autres missiles SAM 7 antichar et sol-air, en plus de munitions et d’explosifs: là on est dans le lourd, l’arsenal de guerre! En quatre jours seulement, entre le 12 et le 15 novembre dernier, pas moins de cinq caches d’armes sont mises au jour dans la même zone. Au total, 18 caches depuis la bataille de Ben Guerdane, en mars dernier. Ce n’est guère le fait d’un simple hasard, d’une anodine dénonciation, ni même l’aveu d’un jihadiste, voire d’un repenti, mais le fruit d’une véritable ingénierie sécuritaire antiterroriste qui s’affirme, jour après jour, multipliant les prises. Le «palmarès 2016» est déjà édifiant: à fin octobre dernier, 1 826 affaires de terrorisme traitées par les services de la Police nationale, soit 247 affaires de plus par rapport à l’ensemble de l’année 2015. Mais aussi, 125 000 arrestations opérées, entre personnes recherchées et impliquées dans différentes affaires, une moyenne de 12 500 arrestations par mois. La traque des contrebandiers a abouti à 5 109 affaires (à la mi-novembre dernier), totalisant des saisies d’une valeur de 124.823 millions de dinars… Un bilan qui traduit l’ampleur de l’effort qui s’accomplit encore plus activement chaque jour davantage. Comment la machine s’est emballée? Voyage au cœur d’un dispositif qui renaît de ses cendres, panse ses blessures, retrouve ses réflexes et repères et se déclenche encore plus fort, avec une nouvelle vision et une plus grande ardeur pour plus de performances. Il y a un an seulement, la Tunisie était endeuillée par trois grands attentats terroristes des plus meurtriers, faisant parmi les visiteurs du Bardo, les touristes de Sousse et les agents de la Garde présidentielle, 77 victimes et de nombreux blessés. Particulièrement significatif, celui du 24 novembre 2015, survenant à l’avenue Mohamed-V en plein cœur de Tunis et visant des éléments de la Sécurité présidentielle, ne pouvait rester sans riposte globale et en profondeur, au-delà d’un énième changement de commandement sécuritaire. Plus qu’un choc psychologique aussi puissant qu’il puisse être à provoquer, une reprise en profondeur. Moins d’une semaine après, prenant le temps de la réflexion et des consultations restreintes, le chef du gouvernement de l’époque, Habib Essid, a pris sa décision. Le 1er décembre 2015, le secrétariat d’Etat à la Sécurité est supprimé, un nouveau directeur général de la Sûreté nationale, Abderrahman Bel Haj Ali, est nommé, en même temps que quatre directeurs généraux occupant sous son autorité des fonctions clés (Sécurité publique, Services spéciaux, Services techniques et Inspection générale). Il fallait agir immédiatement à deux niveaux nécessairement concomitants et convergents. L’un ne pouvait opérer sans l’autre. La priorité était certes pour l’action au quotidien: de la circulation routière ainsi que de la police administrative et judiciaire à la lutte contre le banditisme, la criminalité, l’émigration clandestine et le terrorisme. Dans un contexte aussi complexe que compliqué au lendemain de la révolution, avec tous les dérapages qu’on imagine, avec en plus le voisinage libyen et tout son impact, cela devait relever sinon du miracle, du moins d’un travail de titan. Mais la priorité était aussi, pour s’acquitter de ces missions, de réparer la machine essoufflée, détraquée, infiltrée. Là on parle de milliers d’effectifs œuvrant au sein de pas moins de 3 600 unités entre postes de police, groupes, brigades, commissariats, districts, directions et autres entités. Il s’agissait de revoir l’ensemble, pièce par pièce, rouage par rouage, de tout remonter et remettre en marche avec la précision d’une horloge et la performance maximale possible. Un triangle d’or Pour Abderrahman Bel Haj Ali, directeur de la Sûreté nationale, la revue complète du dispositif sécuritaire au niveau de la Police nationale, opérée depuis un an, devait aboutir à une nouvelle vision. Elle a été déclinée en stratégie intégrée fondées sur trois piliers, formant un triangle d’or. La pertinence des plans d’action, la puissance du renseignement, l’engagement dévoué et la compétence des équipes ont été érigés en principes directeurs. L’objectif de base est de sécuriser le citoyen, le rassurer, et le réconcilier avec les forces de police. Le chemin est long, exigeant des actions concrètes qui commencent cependant à se réaliser. Accroître la mobilité des équipes sur le terrain et intensifier les rondes partout dans les quartiers est un signe visible et un facteur porteur. Liquider des centaines de milliers d’affaires en instance dans les postes de police envoie un signal fort de reprise en main et une volonté réelle de ne rien laisser traîner. Exécuter des dizaines de milliers d’avis de recherche traduit une détermination à donner suite aux enquêtes judiciaires et aux jugements prononcés. Sur cette même lancée, il fallait aussi assurer un meilleur accueil des citoyens et dans de meilleures conditions à chaque contact nécessaire. L’action est de longue haleine, s’agissant de toute une nouvelle culture à ancrer, mais aussi de disposer de ressources nécessaires pour réaménager les postes de police et de séparer les unités chargées des formalités administratives, de celles en charge des plaintes et autres affaires. L’idée consiste en effet à promouvoir une police administrative à laquelle on s’adresse pour obtenir ou renouveler sa carte d’identité et son passeport, obtenir une attestation de perte d’un document et autres. Le projet prend forme et de premiers postes pilotes sont aménagés non loin du ministère de l’Intérieur, rue de Turquie, et dans nombre de quartiers. Les locaux sont modernes et l’accueil est nettement meilleur, l’extension de l’expérience est indispensable. La cybersécurité au cœur du dispositif La remontée en puissance du renseignement s’impose en grande priorité dans la lutte contre le terrorisme. La stratégie est d’identifier, traquer et arrêter les terroristes, en déjouant leurs sinistres stratagèmes et en évitant ainsi le pire au pays. Le mot d’ordre est le préventif. Pour neutraliser les terroristes, mettre la main sur leur armement, démanteler leurs cellules, les couper de leurs contacts, les isoler, assécher leurs sources de financement et d’approvisionnement, et les faire arrêter, un travail de fond est indispensable. Le recours aux technologies modernes et aux laboratoires scientifiques s’avère nécessaire. La cybersécurité joue pleinement son rôle : veille sur les réseaux sociaux, déchiffrage des messages codifiés, écoutes téléphoniques, traçage électronique, surveillance attentive et analyse du moindre indice: rien n’est épargné. Sans relâche, des spécialistes de haut niveau sont dédiés à la tâche. Les Tunisiens sont déjà connus pour leur habilité cybernétique. Bien formés à la lutte contre la criminalité et le terrorisme, dotés des moyens technologiques de pointe et d’un savoir-faire approprié, ils excellent. Sans fausse modestie, la Police nationale peut revendiquer une réelle avancée en la matière. Couplé au renseignement humain restructuré et relancé, le renseignement technologique et scientifique est ainsi déployé. Le traitement des données, leurs recoupements et analyses servent de base à des plans d’action qui démontrent de plus en plus leur efficience. Les efforts sont plus concentrés, les cibles mieux identifiées et les résultats sont probants. Une ingénierie sécuritaire poussée La découverte récente de cinq importantes caches d’armes dans la région de Ben Guerdane illustre parfaitement cette démarche. Le premier niveau était d’identifier, traquer et neutraliser, avec le concours de l’armée tunisienne, de redoutables terroristes dans les montagnes de Kasserine et ailleurs. Une action d’approche et d’infiltration menée patiemment pendant de longues semaines a permis d’y parvenir. Le deuxième niveau consistait à analyser les renseignements obtenus. La troisième étape, non moins difficile, était d’exploiter cette masse d’informations pour remonter à leurs contacts, démasquer leurs complices, localiser leurs campements et refuges et retrouver leurs caches d’armes. Une véritable ingénierie sécuritaire qui se met en place mettant à contribution différentes unités spécialisées, en synergie avec toutes les forces sécuritaires et militaires. Fédérer les équipes, redéployer, motiver et mobiliser Troisième axe fondamental de la nouvelle stratégie déployée: la remobilisation des troupes. Les éléments de la Police nationale devaient retrouver confiance en eux-mêmes, entre eux, dans leur propre corps et dans leur commandement. Apaiser les tensions internes, réparer les injustices subies, procéder aux promotions méritées, répondre aux demandes compréhensibles de mutations, améliorer les rémunérations et les conditions de travail et resserrer les rangs étaient aussi urgents que déterminants. Mais, plus encore, barrer la route à toute tentative d’infiltration ou de dévoiement idéologique et politique. Facile à esquisser, mais peu aisé à réaliser, tant les pressions sont fortes, les tentations grandes et l’environnement pas encore totalement assaini et stabilisé. Mais, il fallait courir des risques et s’y engager fermement. Les premiers résultats sont là. A l’intérieur comme à l’extérieur de la maison, le message a été compris. Les équipes, sans trop y croire au début, ont fini par s’y rallier au vu de la détermination du commandement et de la pertinence des décisions prises et de leur équité. Le palmarès des succès remportés n’est pas le fruit du hasard. Il témoigne de cette convalescence avancée. La Tunisie en a grandement besoin.

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