Quelles perspectives d’embauche pour les chercheurs marocains ?

Quelque 42.275 personnes se sont orientées vers la recherche scientifique entre 2014 et 2015, contre 30.332 en 2006. C’est dire que le secteur évolue, mais reste, encore pour certains, un chemin long et difficile à parcourir. D’ailleurs, nombreux sont les jeunes qui y renoncent, préférant s’arrêter à une licence ou à un master. Finalement, le jeu en vaut-il la chandelle ? C’est désormais connu. Le Maroc mise sur la recherche scientifique pour assurer son développement économique et se positionner dans le club des pays producteurs de technologies. Des enjeux de taille qui ont été tracés dans le cadre de la stratégie nationale pour le développement de la recherche scientifique à l’horizon 2025 et qui ouvrent des perspectives de carrière au profit des jeunes chercheurs marocains. Néanmoins, la démarche ne semble pas intéresser les étudiants des universités. Ces derniers y voient un chemin long et difficile à parcourir, préfèrant arrêter leurs études à l’obtention d’une licence ou d’un master. À titre d’exemple, en 2014-2015, ce sont uniquement 193 jeunes qui ont obtenu leur doctorat après avoir entamé des projets de recherche à l’Université Hassan II de Casablanca. Et pourtant, cette dernière a accentué dernièrement ses efforts pour sensibiliser les jeunes à l’importance de la recherche scientifique. En effet «après l’opération de fusion, l’Université a terminé la phase de la restructuration de la recherche scientifique et elle dispose aujourd’hui de 223 laboratoires de recherche mis à la disposition des étudiants», nous explique Driss Mansouri, président de l’Université Hassan II.
Et d’ajouter que tout un budget a été alloué pour réussir cette démarche. Ces efforts sont certes très importants, mais demeurent toutefois insuffisants pour garantir l’engagement des jeunes dans la recherche scientifique. «Par crainte du chômage, la méconnaissance des perspectives de l’emploi dans la recherche scientifique et les exigences de la vie quotidienne, il est difficile d’attirer les jeunes et de les inciter à s’engager dans la recherche scientifique», explique Karima Rihani, professeure universitaire, experte en orientation et en accompagnement des jeunes et coach d’entreprise. Et d’ajouter qu’au-delà de la sensibilisation et l’information, plusieurs efforts doivent être menés pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes et les accompagner dans leur projet de carrière. «Les jeunes chercheurs ont besoin d’être accompagnés pour trouver un emploi correspondant à leur profil et mettre en pratique ce qu’ils ont développé comme savoir dans la recherche», a-t-elle souligné avant d’ajouter que c’est sur ce volet-là qu’il faudra travailler si l’on veut attirer les profils talentueux et atteindre les objectifs stratégiques de la recherche scientifique.
Entre perspectives d’embauche et réalité du terrain
Alors qu’ils se sont investis pour mener un projet de recherche, les jeunes chercheurs rencontrent des difficultés dans leur insertion professionnelle. C’est une réalité. «Au Maroc, l’État reste le principal employeur des diplômés en doctorat et particulièrement dans l’enseignement supérieur en tant qu’enseignants-chercheurs», nous a déclaré Pr Omar Tanane, enseignant-chercheur à la Faculté des sciences Ben M’Sik, Université Hassan II de Casablanca. Et que «face à la rigueur budgétaire et malgré le besoin énorme des universités en postes d’enseignants-chercheurs pour faire face à la massification et au départ à la retraite, l’État ne délivre les postes budgétaires qu’au compte-gouttes».
Néanmoins, outre le secteur public et le parcours académique, le jeune chercheur peut éventuellement envisager d’autres voies de carrière, notamment, le travail dans le secteur privé. Il doit par contre être capable de sortir de son esprit de recherche académique et être dans celui de la recherche appliquée. D’ailleurs, face à une concurrence rude et accrue, «l’industrie actuelle n’a plus besoin d’une recherche en amont, dite recherche fondamentale, mais plutôt d’une recherche appliquée incluant développement et innovation», nous a rappelé Hafid Griguer, directeur de SmartiLab, laboratoire marocain de recherche de l’EMSI. En intégrant le secteur privé, le chercheur marocain peut accompagner le développement d’une entreprise en gérant la R&D ou tout autre département nécessitant des compétences de recherche, d’innovation et de créativité. À ce niveau, le Pr Omar Tanane n’a pas manqué de signaler quelques difficultés d’insertion des jeunes dans le secteur du privé. Il s’agit, entre autres, de :• La frilosité pour l’investissement en R&D ou pour promouvoir l’innovation.• Les formations doctorales sont en général très pointues et les profils formés souffrent d’un manque d’interdisciplinarité et de compétences transversales.
• La forte concurrence des lauréats des écoles de commerce et d’ingénieurs qui sont en général bien organisés en association et jouent beaucoup sur le réseautage pour agir «en cartel» sur le marché du travail.• Une grande méconnaissance de la part des recruteurs des compétences des docteurs, en général les responsables R.H sont eux-mêmes soit des ingénieurs ou lauréats des écoles de commerce et restent «très méfiants, voire discriminatoires», face au recrutement d’un docteur.
Le développement des soft skills, une nécessité pour l’employabilité
C’est une réalité qui s’impose : les jeunes chercheurs n’accèdent pas facilement au marché de l’emploi pour des raisons liées essentiellement à l’environnement externe, notamment, les entreprises et l’État. Néanmoins, «la problématique de l’employabilité des jeunes est aussi de la responsabilité des jeunes chercheurs eux-mêmes», nous a déclaré Karima Rihani. Et d’ajouter que ces derniers se concentrent beaucoup plus sur l’information et le savoir et négligent le savoir-être. Or, «l’employabilité d’un chercheur ou d’un ingénieur de recherche ne dépend pas seulement de ses capacités et ses attitudes techniques et technologiques, mais aussi de son savoir-être et de son habilité d’intégration au sein d’un environnement professionnel», nous a confirmé Hafid Griguer. Ainsi, pour assurer leur employabilité et convaincre les recruteurs qui sont devenus de plus en plus exigents, les étudiants chercheurs doivent absolument développer des soft skills, notamment, le leadership, la confiance en soi et l’esprit d’équipe. Certes, les universités doivent assumer leur rôle dans ce sens et assurer un accompagnement des jeunes à travers la mise en place des formations, des séminaires et des séances de coaching, mais c’est aussi la responsabilité des étudiants-chercheurs. Ces derniers sont censés travailler sur eux-mêmes en s’engageant dans des activités para-académiques, en organisant des petits événements et en prenant souvent la parole en public. Des initiatives et d’autres qui peuvent paraitre simples, mais qui feront certainement une grande différence entre les jeunes chercheurs qui réussissent leur carrière professionnelle et ceux qui n’y arrivent pas. Néanmoins, «en attendant de développer cette confiance entre l’employeur et le chercheur marocain et en attendant de développer le métier de l’ingénieur en recherche au Maroc, la formule la plus adéquate ou tout le monde sortira gagnant, c’est la formule des transferts technologiques, ou de contrat de recherche, où l’entreprise vient sous-traiter un cahier des charges avec un laboratoire qui est géré par un management, le chercheur dans ce cas ne sortira pas de sa coquille et de son environnement habituel, et de cette manière, tout le monde trouvera son compte», a suggéré Hafid Griguer. 
Entretien avec Karima Rihani,  professeure universitaire, experte en orientation et en accompagnement des jeunes et coach d’entreprise
«Les entreprises marocaines doivent s’ouvrir sur la recherche scientifique et recruter de jeunes chercheurs universitaires»
Éco-emploi : Dans quelle mesure la recherche scientifique contribue-t-elle à la création d’emplois au Maroc ? Karima Rihani : La recherche scientifique constitue l’un des piliers de développement économique du pays et contribue parfaitement à la création de l’emploi. Plus concrètement, elle permet l’émergence de nouvelles technologies, de nouveaux services et par conséquent de nouvelles méthodes de travail qui peuvent être intégrés par les entreprises. En effet, face à un environnement de plus en plus concurrentiel, les entreprises ont compris qu’elles n’ont plus le choix : elles doivent s’ouvrir sur les progrès de la recherche scientifique et, le cas échéant, intégrer le volet innovation et créativité dans leur stratégie de développement. C’est d’ailleurs, l’un des points fondamentaux pour pouvoir se différencier des concurrents et gagner en compétitivité. De ce fait, les entreprises marocaines se voulant compétitives doivent s’ouvrir sur la recherche scientifique et recruter de jeunes chercheurs universitaires. Ces derniers sont généralement dotés d’un esprit d’analyse, de synthèse et de créativité. Notons que cela concerne aussi bien les entreprises du secteur privé que celui du secteur public.
Quelles sont les débouchés pour les chercheurs au Maroc ou à l’étranger ?Considérée comme une démarche longue et difficile, la recherche scientifique n’est pas toujours attractive pour les jeunes. D’ailleurs, seuls les passionnés s’y engagent, vu que cela demande beaucoup de patience et de rigueur. Dans la réalité, on ne peut pas le nier, la démarche est difficile, mais elle présente des opportunités pour les jeunes qui y voient les fruits à moyen et long termes. D’ailleurs, les jeunes qui choisissent de sacrifier du temps et de l’énergie pour mener des recherches et qui y réussissent sont très sollicités par les grandes entreprises et les multinationales pour intégrer ou gérer la R&D. Généralement, ces jeunes-là mènent une bonne carrière avec beaucoup de motivation puisque, d’une part, ils sont passionnés par la recherche et la créativité, et d’autre part, ils y trouvent l’opportunité d’appliquer leurs travaux de recherche sur le terrain. Une autre opportunité d’embauche pour les étudiants chercheurs : travailler dans le domaine de la formation. À l’issue de leurs études, les chercheurs marocains peuvent intégrer des établissements d’enseignement supérieur public ou privé pour transmettre leur savoir à la nouvelle génération. Je tiens à souligner, en revanche, que ce sont les docteurs de lettres et sciences humaines et sociales qui sont éventuellement en emploi dans la recherche publique et académique. Les docteurs en sciences de l’ingénieur préfèrent le secteur d’entreprise en recherche privée. Au fait, le secteur hors recherche constitue un débouché pour les docteurs dont les thèses sont orientées sujets scientifiques. Pourquoi ? Tout simplement, les docteurs employés dans les secteurs en dehors de la recherche sont en général bien rémunérés que ceux qui travaillent dans la recherche académique. J’ajoute aussi que les docteurs ayant obtenu un diplôme d’autres diplômes avant leurs thèses de doctorat bénéficient clairement de salaires plus importants que les autres. Pour les docteurs, les entreprises sont un débouché indispensable.
Quels sont les freins à l’accès à l’emploi des jeunes chercheurs ?Ce que je viens de citer sont des perspectives d’emploi pour les jeunes qui s’engagent dans la recherche scientifique. Néanmoins, une réalité s’impose, ces derniers trouvent du mal à intégrer le marché du travail pour différentes raisons. Les jeunes qui s’engagent dans la recherche scientifique se focalisent sur le savoir et oublient le savoir-être. Or, les recruteurs sont devenus exigeants et requièrent au-delà du savoir et savoir-faire, un savoir-être. D’autres freins entrent en jeux et rendent difficile le processus d’accès des jeunes au marché de l’emploi, notamment, le choix de la thèse et les conditions de sa réalisation. Les jeunes doivent choisir des thèses qui répondent à de vrais besoins des entreprises. En outre, les étudiants qui ont investi des années de leur temps et de leur énergie sont plus exigeants en termes de rémunération et de conditions de travail. Or, les entreprises ont tendance à chercher de bons profils en offrant un minimum de salaire. Le grand paradoxe du doctorat c’est qu’il est le diplôme le plus élevé de l’enseignement supérieur, mais qui ne donne pas rapidement accès à un emploi à durée indéterminée.
Quelles compétences doivent-ils développer pour assurer leur insertion professionnelle ?Avant de parler des compétences, je pense que le choix du domaine de la recherche scientifique se doit d’être bien réfléchi de par ses débouchés et ses ouvertures effectives d’emploi sur le marché de travail. Il ne faut surtout pas attendre d’être dans le bain des recherches pour savoir quelle carrière mener. C’est aussi du devoir des encadrants de mettre en évidence des difficultés post-doctorat. Je crois aussi que les jeunes qui s’engagent dans cette démarche de recherche scientifique doivent fournir un grand effort pour développer leurs compétences. D’ailleurs, la recherche scientifique permet de développer certaines compétences, telles que l’esprit d’analyse, de synthèse, de reformulation, de doute et de critique. Ces compétences sont certes importantes dans le développement professionnel, mais ne sont pas suffisantes pour réussir dans une carrière. Il est important de faire un travail sur soi pour acquérir la confiance en soi, le leadership, la communication et l’esprit d’équipe. Autres compétences à développer : la prise de parole en public et capacité de persuader et de convaincre. J’ajoute en guise de conclusion que les postes de travail dans le domaine de la recherche académique sont de plus en plus limités, car il y a moins de postes disponibles. À mon avis, les petites et moyennes entreprises innovantes sont une belle perspective pour les jeunes chercheurs, encore faut-il être assez compétent pour y faire carrière.  Déclaration du Pr Omar Tanane, enseignant-chercheur à la Faculté des sciences Ben M’Sik, Université Hassan II«Le diplôme le plus illustre au niveau mondial est le doctorat et non pas le titre d’ingénieur, n’en déplaise aux entreprises et aux recruteurs qui privilégient beaucoup le recrutement des ingénieurs, cette attitude est encore plus aberrante quand il s’agit de recruter pour un poste qui doit être normalement occupé par un docteur et non pas forcément par un ingénieur exemple un poste en R&D, en innovation, etc. L’insertion des docteurs dans le marché du travail est donc difficile. Voici quelques initiatives qui doivent être prises pour relever le cap et promouvoir l’employabilité des docteurs.
• Encourager toute initiative visant à faciliter l’insertion de ces diplômés, par des incitations fiscales.
• Le recrutement d’un docteur par une entreprise pour assurer la R&D ou l’innovation doit donner automatiquement à une exonération fiscale (I.R) et une réduction totale des charges patronales supportées par l’entreprise.
• Le rôle des centres d’études doctorales ne doit plus se limiter uniquement à la formation, mais aller au-delà et s’occuper de l’insertion de ses diplômés.
• Promouvoir et encourager davantage l’auto-emploi par la création
de start-ups innovantes, l’exonération totale de tout impôt et l’octroi de dons et de subvention pour encourager la valorisation de la recherche par l’entrepreneuriat».
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