De l’acte collectif à l’acte isolé

Ce mercredi du 27 juillet 2016, le monde entier se réveille et Daesh a une nouvelle fois frappé, faisant près de 44 morts et plus de 140 blessés dans la ville de Qamichli (Syrie) près de la frontière turque. La série noire de Daesh continue à quelques jours du plus grand rassemblement sportif au monde, à savoir les Jeux olympiques de Rio. La psychose s’installe au sein des populations, car il semblerait que nul n’est désormais à l’abri, face à un terrorisme transfiguré qui est passé de l’acte collectif à l’acte isolé, généralement résultant d’un endoctrinement que nous surnommerons «médiatisation IT». De récents attentats perpétrés au nom du groupe en France, en Allemagne, en Iraq, en Afghanistan ou encore sur le sol américain témoignent largement d’un scénario de plus en plus récurrent. Sommes-nous d’ores et déjà engagés dans une guerre religieuse, malgré nous ?
Nombreux sont ceux qui ont cru que le terrorisme allait faiblir avec l’assassinat de Ben Laden. Certes, Al Qaïda a connu un effritement via des filiales telles Al-Qaïda dans la péninsule arabique, AQPA, Al-Qaïda au Maghreb islamique, AQMI, Al-Qaida dans le sous-continent indien, AQSI… mais c’était une façon de s’adapter à la mondialisation. L’augmentation dramatique et inédite du nombre de décès dus aux attentats terroristes dans le monde coïncide avec le début, en 2003, de l’invasion américaine de l’Irak fondée sur l’injustice et l’abus de pouvoir, et avec en 2013 la montée en puissance de l’État islamique bâti sur fond de désintégration des États irakiens et syriens et d’éclatement des sociétés, plus que jamais divisées en clans, tribus, courants islamiques, anéantissant ainsi les perspectives de survie et de vie de millions de personnes. Faire le maximum de victimes en un minimum de temps dans des lieux emblématiques tels les malls, les gares, les aéroports, les marchés ou les hôtels devient un mode de fonctionnement qui permet d’exister et d’être reconnu. Nous sommes face à une nouvelle forme, sans gros moyens, mais d’une violence particulièrement élevée, qui frappe des lieux qui symbolisent un mode de vie. L’objectif principal étant de faire fuir les investisseurs et les touristes, la meilleure voie pour remplacer une économie normale par une économie basée sur le grand banditisme, principale source de financement du terrorisme.
En Afrique par exemple, la grande crainte est de voir se concrétiser la connexion entre le groupe Daesh en Libye et Boko Haram à travers le trou noir libyen. Une telle union pourrait avoir des conséquences dramatiques pour le continent et le reste du monde. Selon le «Global Terrorism Index», ces deux organisations sont les plus meurtrières via le recours à l’hyperviolence et aux attaques sanglantes. Elles sont responsables de la moitié des morts dues au terrorisme. En tête du peloton, on retrouve Boko Haram avec 6.644 morts suite aux attentats perpétrés en 2014, soit une progression de 317% par rapport à 2013. De son côté, Daesh est responsable de 6.073 décès sur la même année. En Afrique, on assiste à une vraie géopolitique du terrorisme qui se traduit par une bataille de leadership entre organisations terroristes, car si Daech ne s’est pas totalement imposé dans la sous-région,
Al-Qaïda au Maghreb islamique a voulu, par les attentats d’Ouagadougou et de Bamako en novembre 2015, réaffirmer sa présence.Certes, plusieurs pays ont été préservés, grâce à une lutte efficace contre les réseaux et grâce au démantèlement de filières terroristes depuis 2001. Les groupes terroristes s’en sont rendu compte et ont opté pour l’action à travers les individus. Sur la base du concept «leaderless», on assiste à la transition de la cellule terroriste organisée à l’individu totalement isolé. Des «jeunes» qui agissent au nom d’une version erronée de l’Islam contre l’Occident et en terre d’Islam. Des jeunes, tels les frères Tsarnaiev, Mehdi Nemmouche et Mohamed Merahqui, ont l’impression de vivre dans une société où ils sont victimes de l’antagonisme vis-à-vis de l’islam et pensent que leur devoir de musulman est de déclarer le djihad. Pour ces individus et selon leur idéologie, le chaos est une étape essentielle pour établir la société idéale. Le champ d’analyse de ce nouveau paradigme de la violence et de la terreur s’élargit donc pour prendre en compte l’individu frustré, dont la conduite reflète une véritable déstructuration et des dérives menant à la barbarie, tels les attentats de Boston, de Bruxelles, de France à Nice et en Allemagne.
Il devient donc très compliqué pour un État de faire cavalier seul pour combattre l’entreprise terroriste individuelle. Il est donc primordial d’élaborer des stratégies de prévention de la radicalisation en menant des actions préventives concertées et adaptées, situées en amont du phénomène d’endoctrinement, afin d’éviter le basculement dans une phase d’adhésion et le passage à des actes violents. Des actions qui doivent prendre en considération l’élément féminin, puisque sur les 4.000 combattants provenant de l’Europe, plus de 500 sont des femmes. Un camp d’entrainement à Raqqah en Syrie leur est même dédié. Le monde, le Moyen-Orient et l’Afrique ont effectivement besoin d’une stratégie globale pour faire face aux facteurs et aux acteurs majeurs de l’insécurité dont font partie les groupes qui recourent au terrorisme. Certes, cette stratégie doit inclure un renforcement de la coopération entre les services de sécurité et de renseignement à l’échelle internationale, exigée par la mobilité des acteurs de la violence. Mais elle doit aussi contribuer à construire des États organisés et effectifs, sous des directions politiques responsables, et à créer des espaces de débats ouverts et citoyens permettant la formulation progressive de politiques publiques réfléchies. Dans la guerre contre le terrorisme, outre les interventions militaires, les grandes puissances ont eu recours à des alliances politiques circonstancielles avec des acteurs locaux douteux, en les inondant d’armes et de moyens de violence d’une grande ampleur et en attisant les rivalités entre les groupes sociaux pour le pouvoir. Plusieurs pays au Moyen-Orient et en Afrique ont besoin de la mise en place d’un État fort à travers le déploiement et de la conjugaison de tous les efforts de la communauté internationale.
La communauté internationale doit faire attention à l’effet de «sidération» engendré par une succession de succès apparents et des mises en échec de la coalition qui a du mal à juguler l’insécurité. Après une réaction de soulagement, les populations civiles qui voient leur situation empirer, à la suite des escarmouches et des opérations de terreur et de vengeance de la part des terroristes, se mettront à haïr ces armées étrangères qui, loin de leur apporter la paix attendue, ne font qu’aggraver la situation. Le terrorisme étant un fait de communication, voire un mode de publicité où prévaut l’impact psychologique, les médias et certains dirigeants politiques devraient arrêter de qualifier l’organisation terroriste d’État. Ces mêmes médias et ces mêmes dirigeants choisissent pourtant bien leur qualificatif quand il s’agit de la Palestine. Faire la promotion du pseudo État islamique c’est reconnaitre son projet politique et lui assurer plus d’attractivité et de visibilité et, par ricochet, l’aider à capter tous les jeunes et les terroristes égarés et isolés en quête de sens pour leur vie. Il est aussi primordial d’inclure dans cette stratégie des processus d’identification des fragilités dans les pays avec des indicateurs permettant d’évaluer le risque de glissement vers un conflit pour mieux anticiper ce dernier et les prévenir.
Malgré la grande étendue du terrorisme, le monde ne devrait pas se laisser impressionner. La seule vraie contre-attaque, c’est de mobiliser et d’unir les efforts de tous les pays pour arrêter la propagation de cette gangrène. Le terrorisme n’a pas de frontières, aucun État ne peut être épargné et tous sont concernés par la lutte antiterroriste. C’est le problème du monde entier et la communauté internationale se doit de mettre en place une stratégie multidimensionnelle pour le vaincre.
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Bouchra Rahmouni BenhidaProfesseur à l’Université Hassan Ier, elle est aussi visiting professor aux USA, en France et au Liban. Ses travaux de recherche lui ont permis d’intervenir dans des forums mondiaux et des special topics dans des institutions prestigieuses à Hong Kong, en France, au Liban, aux Emirats arabes unis et en Suisse. Elle compte à son actif plusieurs ouvrages : «L’Afrique des nouvelles convoitises», Editions Ellipses, Paris, octobre 2011, « Femme et entrepreneur, c’est possible», Editions Pearson, Paris, novembre 2012, « Géopolitique de la Méditerranée », Editions PUF, avril 2013, «Le basculement du monde : poids et diversité des nouveaux émergents», éditions l’Harmattan, novembre 2013 et de « Géopolitique de la condition féminine », Editions PUF, février 2014. Elle a dirigé, l’ouvrage «Maroc stratégique : Ruptures et permanence d’un Royaume», éditions Descartes, Paris, 2013. Le Maroc, modèle de référence mondial d’antiterrorismeDans une perspective régionale, un environnement instable et dangereux et en quête d’une alternative au leadership, le Maroc dispose d’un potentiel et a fait ses preuves en matière de lutte contre le terrorisme, expérience dont pourrait bénéficier à plus grande échelle toute la région. La coopération antiterroriste avec les Européens et les relations poussées avec les pays confrontés à la menace terroriste pourrait faire de lui un pays phare dans la résolution des équations sécuritaires dans la région. Un Maroc dont le modèle de l’Islam commence à s’exporter en Afrique et dans le monde arabe. Un modèle fondé sur l’inclusion de tous les acteurs du champ religieux dans un cadre organisé incitant au renoncement à la violence et appelant à la lutte contre la radicalisation des croyants. Une radicalisation qui transforme l’Islam en une idéologie de l’exclusion et de la haine sociale et au non-respect des fondamentaux du vivre-ensemble national. Visionnaire et innovant, le Maroc, fort de ses liens étroits avec les pays du Conseil de coopération du Golfe, l’Union européenne et les États-Unis, d’une part, et de ses liens économiques et historiques avec l’Afrique de l’Ouest, peut jouer le rôle de hub d’une coopération antiterroriste interafricaine ouverte sur l’Europe, l’Amérique et le Moyen-Orient. La lutte contre le djihadisme est pluridimensionnelle. Il s’agit d’une lutte contre le désarroi, la précarité, le désœuvrement et l’exclusion qui prédisposent des esprits fragiles à préférer l’au-delà à l’ici-bas. Il est surtout question de lutter contre la mise en discours de la fascination de la mort. Un discours qui pousse les jeunes à arracher l’au-delà à sa temporalité, puisque pour eux il n’y a pas d’avenir. Outre l’idéologie fasciste et le projet de califat, le nihilisme est une nouvelle donne que doivent impérativement prendre en considération les sécuritaires et les géopoliticiens dans leur analyse de la matrice djihadiste.
Dans un tel contexte, le Maroc fait figure d’exception, il construit son économie et sa sécurité, d’abord dans le Maghreb, qui reste le seul espace garant d’une prospérité et d’une sécurité partagée. Il joue sa propre partition dans un but précis : faire en sorte que les trajectoires stratégiques dans la région se complètent et se croisent. Contrairement aux visions des autres pays maghrébins marquées par des tensions intérieures, des problèmes de stabilité, de modernité et de voisinage, le Royaume se perçoit à travers un ensemble régional stabilisé et parvient à s’élever à une vision commune et globale des enjeux sécuritaire dans la région. Il ne veut en aucun cas être réduit à la périphérie d’un centre qui se situerait ailleurs.
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