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Le marché des capitaux marocain face aux exigences de la COP 22 – La Nouvelle Tribune

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Et pour cause ! Jusqu’à présent, les financements pour l’atténuation des effets de serre et la baisse de la production de carbone, ont été engagés par les Etats et les banques, régionales ou internationales, de développement à hauteur de plus de 75% des montants engagés.
Ainsi, il a été démontré que pour accélérer le rythme de l’adaptation des pays et des populations aux changements climatiques, il fallait démultiplier les financements privés, qui n’y contribuent aujourd’hui qu’à hauteur de 25%.
Pour répondre présents à l’appel, les banquiers marocains ont fait savoir, à travers des conférences et autres tables rondes, qu’ils ont entendu le message.
Certaines banques nationales sont même déjà passées à l’acte, en émettant des émissions obligataires vertes lesquelles « sonnent mieux » en anglais, à savoir les « Green Bonds ».
L’autre message retenu à l’issue des journées de la COP22, porte sur l’importance de la coopération internationale par le Fonds Vert interposé. Celle-ci doit d’abord se traduire, à compter de 2020, par la mise à disposition de 100 milliards de dollars annuellement en faveur des pays du Sud par les Etats du Nord signataires de l’Accord de Paris.
Là encore, le Maroc s’est engagé dans la perspective d’accompagner ses partenaires africains dans cette transition vers un monde plus propre.
Ces deux engagements du système bancaire et du Maroc « politique » sont opérationnels, solides et durables.
En effet, les banques sont déjà très investies dans tous les types de financement en Afrique de l’Ouest et de nombreux partenariats nouveaux ont été conclu à la faveur des récentes tournées royales dans les pays de l’Afrique de l’Est, à Madagascar, etc.
Et, à la COP 22, tous les acteurs du marché de capitaux comme les compagnies d’assurances et les caisses de retraites, la CDG, bras financier de l’Etat, les fonds d’investissements, les gestionnaires de fonds dont certains ont déjà créé des fonds communs de placement verts, se sont engagés à suivre le mouvement pour investir dans les projets environnementaux.
De leur côté, les régulateurs ne sont pas été en reste. Bank Al-Maghrib a fait signer une charte à tous les acteurs du marché des capitaux pour mobiliser des financements verts et s’est engagée à leur octroyer une bonne place en aménageant les règles prudentielles qu’elle impose aux banques. De même, elle a énoncé son intention de mettre en place des refinancements spéciaux à celles qui s’y déploieraient.
L’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux, AMMC, a démontré de son côté qu’elle pouvait être très réactive en publiant son guide des Green Bonds en un rien de temps et en autorisant dans la foulée deux importantes émissions vertes pour un montant cumulé de 2 milliards de dirhams, celle de Masen et de BMCE Bank.
On n’oubliera pas de mentionner dans ce bilan l’accord de partenariat conjointement signé par la Bourse de Casablanca, l’AMMC et Maroclear avec leurs différents homologues africains pour une réelle collaboration en matière d’échanges d’expériences afin d’ouvrir réellement la voie à la mobilisation des fonds privés en faveur de la lutte contre le dérèglement climatique.
Ce dynamisme tous azimuts ne peut être que bénéfique pour l’économie marocaine, même s’il faut admettre que pour réaliser un nouveau modèle de société, il faut s‘inscrire dans la durée! Nombre de conférenciers internationaux en marge de la COP 22 ont d’ailleurs démontré que la lutte contre le réchauffement climatique devrait créer de la croissance économique. A une condition incontournable cependant, que les réformes nécessaires soient menées rapidement.
Or chez nous, les réformes suivent des chemins sinueux et parfois mêmes chaotiques…
Des textes portant projets de lois peuvent rester bloqués au Secrétariat général du Gouvernement quand les réformes elles-mêmes tardent à entrer en application ou même tombent dans l’oubli !
Mais si cela peut s’expliquer pour les questions administratives et mêmes sociales, en finance ce ne saurait être le cas.
Au contraire, dans le champ de la Finance, les réformes relèvent de la norme et doivent se faire en continu pour s’adapter à tout changement qu’il soit organisationnel, compétitif ou attractif afin d’attirer les clients plus nombreux vers le marché de capitaux.
Car si au Maroc, le marché des capitaux existe et les acteurs investisseurs sont en place, on doit regretter l’absence de marché financier pour traiter l’ensemble des opérations engendrées par ces derniers.
Un seul exemple suffit à démontrer cette lacune et c’est le fait que les institutionnels se servent en obligations publiques ou privées en direct, parce qu’il n’y a pas de marché secondaire pour ces titres. Quant aux autres valeurs mobilières que sont les actions, inutile de remuer le couteau dans la plaie !
La réforme de la bourse pourtant annoncée en grande pompe par le Ministre des Finances en décembre dernier s’est limitée à un renouvellement de concession.
Le nouveau Conseil d’Administration de la Bourse, pourtant constitué d’importantes personnalités du secteur bancaire sous l’autorité du président de la banque d’affaires de la CDG, semble bloquer sur des réalités comme le manque de cadres à la Bourse de Casablanca.
La COP 22 a démontré que le Maroc ne manque pas de financiers de haut niveau, qui se mesurent avantageusement aux étrangers et qui ne connaissent aucun obstacle, en termes de langue ou de compétence.
Ne sont-ils pas précisément là pour dépasser les blocages et mettre en œuvre un cahier des charges de la Bourse qui détaille tous les points d’une réforme ambitieuse ?
Avec la place financière internationale de Casablanca, CFC, qui se développe à une vitesse rapide et s’ouvre à tous les pays africains en tant que hub régional ainsi qu’à des investisseurs internationaux très exigeants, le marché des capitaux marocain est amputé d’un de ses plus importants compartiments, la Bourse des valeurs. Un an après l’annonce de sa réforme, on attend encore la création de nouveaux marchés, à terme, de la PME, des devises, etc., pour rendre le marché financier plus liquide, plus efficient, plus profond, plus large, avec de nouveaux produits financiers afin de satisfaire les investisseurs et les épargnants.
D’ailleurs, il s’agit de rendre la Bourse aux acteurs de marchés dont certains commencent à la contourner, préférant des opérations en direct. Et tant que le Maroc n’aura pas un vrai marché financier, à la hauteur de ses ambitions, il n’arrivera pas à les réaliser.
On dit souvent que le Maroc est à deux vitesses en parlant du gap qui existe entre les riches et les pauvres, mais cette césure ne peut s’appliquer au marché des capitaux. Tous ses compartiments, de fait interdépendants, doivent être au plus haut niveau des règles opérationnelles, des produits financiers, de liquidité et d’efficience ….
Afifa Dassouli

POUR ALLER PLUS LOIN

l’article apparu sur LTN Maroc

original article sur LTN Maroc

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