Mise en affermage d’hôpitaux au Bénin : Talon enclenche une privatisation sauvage – Bénin Monde Infos | Actualité du Bénin et du Monde en temps réel

Le gouvernement béninois vient de prendre une décision qui fera date. Au cours de son dernier conseil des ministres, le régime de la rupture a opté pour la « mise en affermage des hôpitaux de zone de Djidja, de Covè et Djoigou ». A en croire le ministre d’Etat Pascal Irenée Koupaki, ce mode de gestion, qui n’est rien d’autre qu’une forme de concession au privé, est mû par « des raisons d’efficacité, de performance et d’efficacience ». D’ores et déjà « le conseil a instruit le ministre de l’économie et des finances, à l’effet de lancer l’appel d’offres en vue de la sélection d’un partenaire privé (…) », informe le ministre d’Etat. Pascal Koupaki a d’ailleurs rassuré de ce que le promoteur privé qui sera retenu, paiera des redevances qui permettront d’amortir les équipements, confiant dans la nouvelle loi sur le partenariat public privé votée au parlement. Pour autant, le gouvernement a-t-il bien mûri cette décision? Légitime question que se posent nombre de Béninois, au regard du caractère hautement sensible de la santé.Faire la promotion du partenariat-public-privé, à l’aune de la nouvelle loi, n’est pas une mauvaise option en soi. Mais l’expérimenter avec la santé de Béninois semble outrageusement risqué. Considéré comme le premier secteur social dans tous les pays du monde, les questions de santé publique, qui touchent directement la vie des ménages, ne peuvent être gérées qu’avec esprit de suite et de responsabilité. Mieux, les hôpitaux de zone concernés sont logés, pour la plupart dans des zones reconnues pour être des bastions de l’extrême pauvreté au Bénin, avec un pouvoir d’achat qui tutoie les planchers. Covè, Za-Kpota, Ouinhi, Djidja, Agnagnizoun, Copargo, etc, devraient plutôt bénéficier d’une attention plus soutenue de l’Etat, en termes de subvention, en raison des conditions sociales des populations. Les cas de Djidja, Agbangnizoun, Za-Kpota…sont plus parlants, avec le phénomène de trafics d’enfants, qui s’y est installé, poussé par l’extrême précarité. Comment le secteur privé peut-il administrer la santé des populations de ces localités, tout en s’offrant une marge de bénéfice, ne serait-ce que pour amortir les équipements?
A y voir de près, le gouvernement, aveuglé par une tendance à tout privatiser, est en train d’abandonner la santé du peuple dans les mains du secteur privé, plus attaché au profit qu’à toute autre considération. Il paraît illusoire d’espérer une quelconque rentabilité dans des zones aussi dépourvues, pour combler les attentes du privé tout en donnant satisfaction aux droits légitimes des populations à la santé. S’il est vrai que ces recettes ont fait fortune ailleurs, le Bénin, avec une économie des plus faibles de la sous-région, ne devrait s’offrir ce luxe, au risque de signer l’arrêt de mort des populations. Certains pays, qui ont expérimenté la privatisation d’autres secteurs sensibles tels que l’eau, s’en sont mordus le doigt. Patrice Talon et son gouvernement devraient s’assurer de toutes les garanties nécessaires avant de poursuivre cette aventure.
Bruno O. OTEGBEYE
 
 
 

 



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