Le prix de l’anarchie – A la une

Les différents intervenants dans la filière commerciale se rejettent la responsabilité des augmentations de la majeure partie des produits de large consommation.

Les dispositions de la LF-2017 semblent servir de justification de nombreux abus sur les marges bénéficiaires même si celles-ci sont théoriquement limitées par la loi. Les commerçants, corporation mise au-devant de l’actualité ces derniers temps,  dénoncent à travers leurs associations, des producteurs qui procèdent à des augmentations non déclarées des prix de certains produits pour les faire assumer par les détaillants. L’Etat quant à lui semble incapable d’intervenir sur le terrain pour situer les responsabilités et protéger le consommateur.

L’augmentation des prix des produits de large consommation n’a pas attendu la mise en vigueur des dispositions de la loi de finances 2017 pour voir le jour. Les prix de certains articles indispensables pour les ménages algériens ont subi de sensibles augmentations au dernier trimestre de l’année écoulée. Les prix du café, de produits d’entretien et autres dérivés de produits laitiers ont connu une certaine augmentation en 2016.

La loi de finances actuellement en vigueur n’a pas encore impacté les prix du détail, malgré la majoration pratiquée par les producteurs sur les produits de consommation quotidienne, créant une situation de malaise au niveau des détaillants. Cependant, les produits laitiers gardent les tarifs affichés depuis 2016. «Nous n’avons constaté aucun changement dans les tarifs des yaourts, du lait pasteurisé en boîte, ou autres dérivés laitiers, tels que les fromages», insistent les clients d’une supérette, située au quartier populaire de Belouizdad.

Les consommateurs payent les mêmes tarifs pour les détergents dont les prix sont restés stables depuis quelques mois. «Certaines marques de détergents liquides de lessive ou de vaisselle proposent même des promotions incluant des réductions remarquables sur le prix de certains formats», nous explique le gérant d’un commerce d’alimentation générale situé dans ce quartier. Une virée dans plusieurs commerces de détails au niveau de la capitale permet de constater que les prix des légumes secs, bien qu’élevés, sont restés inchangés depuis quelques mois.

«Nous avons déjà subi les aléas du marché l’an dernier, nous sommes préparés au pire qui ne saurait tarder», explique une femme au foyer interrogée dans un quartier de la commune El Mohammadia, où les tarifs des lentilles, haricots blancs, pâtes alimentaires sont restés inchangés depuis le mois dernier.

La majorité des commerçants n’ont pas encore renouvelé leurs stocks, ce qui explique en partie la stabilité des tarifs pour les produits pharmaceutiques, les consommables informatiques, cosmétiques. «Attendons les nouveaux arrivages pour juger», expliquent la majorité de ces commerçants. Le «choc» des augmentations, résultant de la mise en vigueur de la loi de finances, est amorti par les commerçants détaillants.

Choc amorti

Ces derniers, par crainte de mettre la clef sous le paillasson, ont préféré temporiser avant d’impacter la hausse pratiquée par les producteurs et transformateurs, selon les explications fournies au niveau de ces commerçants. Malgré les apparences, les prix de plusieurs produits alimentaires ont bel et bien subi une hausse, mais cela ne s’est pas traduit sur le prix du détail

Le gérant d’un commerce explique qu’à titre d’exemple, le prix d’un fardeau de six litres d’eau gazeuse a augmenté de 10 DA, mais le prix de vente n’a pas changé. «Vais-je revendre le litre à 93 ou 95 DA ? Je préfère supporter cette hausse que d’avoir des invendus sur les bras», explique-t-il, dénonçant «la mauvaise foi des producteurs qui n’ont pas communiqué au public les nouveaux tarifs, laissant les commerçants subir à eux seuls ce dilemme».

La même situation est constatée concernant les yaourts, les jus, les biscuits et certaines conserves.  L’Association nationale des commerçants algériens (anca) dénonce justement «l’attitude peu professionnelle des producteurs et transformateurs». Selon El Hadj Tahar Boulenouar, président de cette association, les détaillants ont été abandonnés à leur propre sort, subissant seuls les répercussions de la hausse de la TVA et l’impact des coûts de production : «Ces producteurs ou plutôt transformateurs n’ont pas communiqué les nouveaux tarifs pouvant justifier le changement des prix au niveau du détail.»

L’ANCA dénonce également les augmentations «exagérées» pratiquées par ces producteurs, car, selon le représentant de cette association, «l’impact de la loi de finances représente une augmentation ne dépassant pas les 3% du prix du produit, or, les augmentations faites sont de plus de 10%».

Les consommateurs redoutent une réplique plus sensible des prix dans les jours et mois à venir. «Il est fort probable que les ménages soient rattrapés par ces augmentations, une fois les anciens stocks de marchandises épuisés, et là nous aurons certainement des surprises», explique un père de famille refusant de croire à la thèse du «sacrifice consenti par les commerçants».

Monopole

L’Association des commerçants déplore également l’absence de rigueur concernant l’application des règles liées à l’affichage des prix, au plafonnement de la marge bénéficiaire, entre autres. Les prix peuvent passer du simple au double, dès qu’une légère augmentation de la demande est constatée. Le marché n’obéit pas uniquement à la loi de l’offre et de la demande, mais subit de plein fouet les affres de la spéculation et des transactions douteuses accentuées avec l’étendue de l’informel et le monopole sur certains produits, tels que la banane, explique le président de l’ANCA.

Les commerçants affiliés à cette association tentent de s’organiser pour ne pas affronter seuls les aléas de l’anarchie du marché et de sa dépendance de l’importation. Selon leur représentant, une campagne sera lancée le 1er février pour obliger les producteurs et importateurs à afficher et justifier la moindre augmentation appliquée sur les prix.  L’ANCA revendique également l’application de la réglementation concernant la limitation de la marge de bénéfice et le contrôle du circuit de commercialisation des produits subventionnés.

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